Objet

Objet (nom commun)
(Courant) Ce sur quoi porte une activité, la matière d’une réflexion.
(Courant) But, fin poursuivie en réalisant une activité.
(Courant) Toute chose matérielle inanimée solide susceptible d’être perçue.
(Philosophie) Tout ce qui est pensé, perçu ou représenté, en tant que distingué de l’acte par lequel un sujet le pense, perçoit ou représente.
(Métaphysique) Réalité stable et dotée de cohésion.
Exemple(s)

(1) L'objet de la physique.
(2) L'objet de ce message est de vous signaler mon arrivée.
(3) Les idées, les chats et les liquides ne sont pas des objets.
(4) Même le non-être est un objet, en tant qu'il est objet de pensé.
(5) Le grain de sable est un objet, mais pas la dune.

Plusieurs sens courants

« Objet » est à la fois un terme courant et un terme philosophique. Dans le langage courant, objet désigne plusieurs choses :

  1. Ce dont on parle, ce sur quoi porte une activité.
  2. Le but recherché, ce qu’on vise en faisant quelque chose.
  3. Enfin, objet désigne aussi les réalités matérielles perceptibles inanimées.

Selon le sens utilisé, l’objet s’insère dans différentes oppositions. Au sens courant (1), « objet » est synonyme de « sujet ». L’objet d’un texte, le sujet d’un texte : tout ça se ressemble. « Objet » et « sujet » sont plus ou moins substituables. Il y a bien sûr des différences d’usage : on parle de l’objet d’une science et pas de son sujet ; mais globalement, objet et sujet ne s’opposent pas.

Au sens courant (2), « objet » devient synonyme d’objectif, de finalité. L’objet est le but poursuivi. C’est en ce sens qu’on parle de l’objet d’une demande. « Objet » n’est alors plus du tout synonyme de « sujet ». Les deux termes ne forment pas un couple ou une opposition en ce sens.

Le sens courant (3) est très différent. C’est celui qu’on trouve quand on critique la « femme-objet ». C’est lui qu’on utilise pour dire que les animaux ne sont pas des « objets ». Le terme s’oppose alors à « vivant » : les objets ne sont pas animés, ils ne sont pas en vie. Ils ne méritent pas le traitement particulier qu’on réserve aux vivants, et en particulier celui qu’on réserve aux personnes humaines.

On a là une double opposition :

  • objet / être vivant d’une part,
  • objet / personne d’autre part.

L’opposition objet / vivant se rencontre dans les débats sur le droit des animaux. Les animaux ne sont pas des objets, on ne peut pas leur infliger n’importe quel traitement. Ils ne sont pas forcément reconnus comme personnes, mais ils doivent être distingués des êtres inanimés. L’objet est hors de la sphère morale, pas l’être vivant.

L’opposition objet / personne est souvent plus marquée. On dira par exemple qu’une personne est une « fin en soi ». Qu’elle ne doit pas être considérée comme un simple moyen. Traiter les personnes comme moyen atteindrait leur « dignité ». L’écart entre l’objet et la personne semble plus profond que celui entre objet et être vivant.

Un sens philosophique dominant

La philosophie connaît plusieurs sens à « objet », mais le sens (4) se distingue en particulier. L’objet est ce qui est appréhendé par un sujet. C’est avant tout ce sens que mobilise la philosophie. L’objet s’insère alors dans un couple objet / sujet, où les deux termes sont corrélatifs.

Grossièrement dit, un sujet est une chose qui connaît quelque chose d’autre. Quand vous lisez ces lignes, vous êtes un sujet qui appréhende un texte. Il y a d’un coté « ce qui appréhende » (le sujet) et de l’autre « ce qui est appréhendé », ce qui est connu (l’objet).

Ce qui constitue une chose comme « objet », c’est le fait d’être appréhendée par un sujet. Un planète inconnue n’est pas un objet tant que personne ne l’a découverte. C’est seulement lorsqu’un sujet va la percevoir, l’appréhender, ou penser à la planète qu’elle sera un objet. Sans acte d’appréhension, pas d’objet. On distingue alors :

  • le sujet qui appréhende
  • l’acte d’appréhension
  • l’objet appréhendé

Puisque c’est le fait d’être appréhendé qui constitue l’objet, tout peut littéralement être un objet. Un artefact matériel est un objet (ex: ordinateur). Une construction intellectuelle est un objet (ex: le paradoxe de Russell). Un être de fiction est un objet (ex: Sherlock Holmes). Les réalités naturelles sont des objets : l’eau dans un verre, les falaises, les tas de sable ; ce sont des objets. Il n’y a aucune limite. Si c’est connu par un sujet, c’est un objet. On utilise donc un sens épistémique du mot.

Les objets en métaphysique

La métaphysique n’utilise pas « objet » au sens précédent. Pour la métaphysique, il ne suffit pas d’être connu pour être un objet. Un objet est quelque chose qui présente en lui-même certaines caractéristiques. Ce sont les propriétés de la chose même qui déterminent si elle est un objet ou non. Le champ des objets est donc beaucoup plus limité.

Pour être un objet, une chose doit présenter de le stabilité. Une table, un chien, une planète : tout ça est assez stable pour être un objet métaphysique. Mais pensez à un événement (un morceau de temps), au son d’une explosion, à la trajectoire d’une goutte de pluie qui tombe d’un nuage. Est-ce que ces choses sont suffisamment stables, durables, pour être des objets métaphysiques ? Probablement pas.

En plus de la stabilité, il faut avoir une cohésion. Un objet a un principe d’organisation interne, quelque chose qui le maintient dans son état et qui vient bien de la chose elle-même. Pensez à de l’eau dans un verre. C’est le verre qui assure la forme que prend le volume d’eau. L’eau en elle-même n’a pas de cohésion. Les volumes d’eau, les tas de sables, ce genre de chose n’est pas un « objet ».

Objet concrets et objets abstraits

Un objet au sens métaphysique n’a pas besoin d’être « concret« . Les objets concrets, qui existent dans le temps et l’espace ne sont pas forcément les seuls objets existants. La planète terre est un objet concret. Elle a des propriétés spatio-temporelles. Les ordinateurs aussi. Mais Sherlock Holmes ? Mais le chiffre 2 ? Et les concepts ?

Il existent toute une série d’objets dit abstraits. Il n’existent pas clairement de la même façon des choses qui sont dans le temps et l’espace. Ou bien, s’ils sont dans le temps et l’espace, leur façon d’y être n’est pas celle des objets concrets. On parle alors d’objets « abstraits ». On compte parmi eux :

  • les nombres (42, 1337, π)
  • les concepts (rouge, chat, besoin)
  • les personnages de fiction (Sherlock Holmes)
  • les entités théoriques (la France, les électrons)

La possibilité de rapporter ces objets à des éléments spatio-temporels n’évacue pas toute difficulté. Bien sûr, les concepts ne sont pas sans lien avec le cerveau. Il y a une activité cérébrale à laquelle rattacher mon concept de « rouge » ou de « chat ». Mais cette activité n’explique pas tout ce qu’on peut faire avec ces concepts. Les objets abstraits ont typiquement des propriétés qu’on attribue à ces objets et pas à leur corrélat « physique ».

Le concept de chat désigne les chats. Il permet de faire des inférences au sujet des chats. Il a toute une série de propriétés qu’on voudrait attribuer à ce concept. C’est le concept lui-même qui doit avoir ces propriétés. Oui, il y a une activité cérébrale quand je pense aux chats. Mais est ce que cette activité elle-même désigne les chats ? Pas sûr. Alors qu’il y a globalement accord pour dire que le concept le fait. On a un objet abstrait, avec des propriétés, mais qu’on hésite à réduire à des éléments concrets (objets ou pas).

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Bibliographie

  • Objet, Dictionnaire de philosophie, Noëlla Baraquin (dir.), Paris, Armand-Colin, 2007
  • Objet, Dictionnaire de philosophie, Christian Godin, Paris, Fayard, 2004
  • Objet, Dictionnaire des concepts philosophiques, Michel Blay (dir.), Paris, Larousse-CNRS, 2007
  • Objet, Lexique des repères philosophiques, Olivier Dekens, Paris, Ellipses, 2004
  • Objet, Nouveau vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Louis-Marie Morfaux (dir.), Jean Lefranc (dir.), Paris, Armand-Colin, 2005
  • Objet, Philosophie de A à Z, Collectif, Paris, Hatier, 2000

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