Histoire

Histoire (nom commun)
Ensemble des événements et faits passés relatifs à l’humanité.
Étude se voulant scientifique qui prend pour objet le passé des sociétés humaines.
Résultat de l’étude historique précédente (2), à distinguer de la réalité passée (1).
Récit, compte rendu ou narration d’un événement.
(En particulier) Récit fictif, imaginaire ou mensonger.

Une définition à retravailler

La définition d’histoire des dictionnaires est presque toujours insatisfaisante. Les dictionnaires et utilitaires de philosophie scindent en effet quasi-systématiquement l’histoire en deux, et seulement deux, pôles différents :

  • d’un coté, un ensemble d’événements passés
  • de l’autre, le récit de ces événements

On a un pôle réalité objective : ce qui s’est passé, qui a eu lieu, indépendamment de la connaissance qu’on en a. S’il n’y avait pas une seule ligne de vraie dans les livres d’histoire, des choses auraient tout de même eues lieu. Il y aurait eu des événements, mais personne ne les connaîtrait plus, parce qu’il nous en manquerait la trace. C’est l’histoire réalité.

On a un pôle récit du passé : ce que nous disons avoir eu lieu, ce que nous pensons qu’il s’est passé. On tient pour établi que Socrate est mort en -399. Peut-être que nous nous trompons. Il est possible que Socrate ne soit pas mort à cette date. Il peut toujours avoir un écart entre la réalité telle qu’elle s’est passée et notre connaissance de cette réalité.

À suivre un dictionnaire de philosophie, l’histoire se définirait ainsi :

  • ensemble des événements et faits passés
  • récit de ce passé

Cette vision en deux aspects est toutefois trop sommaire. Elle masque que l’histoire n’est pas qu’un récit. Elle aussi une discipline, une science ou une étude qui s’intéresse au passé. Avant d’écrire l’histoire, il faut étudier le passé. On doit distinguer :

  • l’étude du passé
  • le récit du passé qui résulte cette l’étude

Raconter ses vacances, ce n’est pas de l’histoire. Écrire un roman historique non plus. Et pourtant, ce sont bien des récits du passé. Ils racontent des choses qui ont eu lieu précédemment dans le temps. Pour qu’un récit soit de l’histoire, il faut qu’il ait été produit d’une certaine façon. Qu’il provienne d’une étude spécifique : la discipline historique.

Il y a donc au minimum 3 sens de « histoire » :

  • l’ensemble des événements passés
  • l’étude des événements passés
  • le récit du passé issu de l’étude précédente

La situation est de plus compliquée par deux sens courant du mot « histoire » :

  • tout récit est une histoire
  • les récits faux sont des histoires

On dit en effet « histoire » n’importe quel récit. Vous allez au cinéma, vous ne voulez pas qu’on vous raconte l’histoire avant. Mais on dit aussi « histoire » un récit mensonger, fictif, faux. Si on vous raconte des histoires, on ne vous dit pas la vérité. Ces deux sens d’histoire sont très présents dans la langue. Et on peut aboutir à des phrases assez alambiquées :

L’histoire n’est jamais qu’une histoire parmi d’autres, et la plupart des historiens écrivent des histoires sans rapport avec l’histoire telle qu’elle a eu lieu.

De quoi parle-t-on?

L’histoire réalité

On l’écrit parfois Histoire, avec une majuscule, pour la distinguer. L’histoire n’est pas l’ensemble de tout le passé. Le temps des dinosaures n’est pas de l’histoire. L’histoire cible précisément le passé humain. Avant l’apparition de l’homme, il n’y pas d’histoire. Après sa disparition, il pourrait ne plus en avoir.

Tous les dictionnaires admettent explicitement ou non que l’histoire est centrée sur l’homme. Seul le manuel d’Alain Renaut (La Philosophie, Armand Colin) interroge le fait que l’histoire soit uniquement l’histoire de l’homme. Dans les faits, Renaut finit toutefois par cibler son analyse sur l’histoire humaine.

L’histoire étude

L’histoire est une étude du passé humain. On parle parfois de discipline ou de science, mais « étude » est plus précis. L’histoire a été pratiquée bien avant d’être constituée en discipline comme on l’entend aujourd’hui. Dire que l’histoire est une science n’est pas anodin. Les débats sur la scientificité de l’histoire ont été nombreux.

Précisément, l’histoire est une étude du passé humain collectif. Elle s’intéresse au passé des sociétés humaines. Elle ne s’attarde sur des individus que s’ils jouent un rôle important au sein de leur société. La biographie d’un inconnu n’est pas de l’histoire. L’objet propre de l’histoire étude est l’histoire réalité. Le rôle de l’étude historique est de connaître et reconstruire la réalité passée.

L’histoire cherche à fournir des connaissances, à établir des éléments objectifs. L’historien est donc dans une perspective scientifique. Toutefois, le statut de science a souvent été contesté à l’histoire. L’histoire traite du singulier, de l’unique, alors que la science traiterait du général. L’histoire ne pourrait donc pas être une science pour ce motif. On dit parfois également que la science sert à prédire les faits, alors que l’histoire vise à les expliquer.

Point important, l’histoire a elle-même une histoire. L’étude historique s’inscrit dans le temps et prend des formes différentes selon les époques. L’historiographie est ainsi une étude historique de l’écriture de l’Histoire. On donne Thucydide et Hérodote pour les premiers « historiens » (5e av. J.C). L’histoire s’est constituée comme discipline tardivement (18e-19e). La façon de pratiquer l’histoire (méthodes, moyens, perspectives) a d’ailleurs beaucoup évoluée au sein même de l’histoire moderne.

L’histoire récit du passé

En ce sens l’histoire est le résultat de l’étude historique. Il ne suffit pas de parler du passé pour être de l’histoire. Un texte journalistique n’est pas de l’histoire. On dit histoire les récits produits par l’étude historique. Ils sont produits dans un objectif particulier, en suivant des méthodes et des exigences disciplinaires données. Ils sont intrinsèquement liés à l’histoire comme étude.

L’histoire récit peut être lacunaire : on ne sait pas tout ce qui s’est passé. Elle peut être déformante : on accorde trop d’importance à un élément par rapport à son rôle réel. Elle peut aussi être erronée : on croyait que les choses s’étaient passées ainsi, mais ce n’était pas du tout le cas. Écrite par des hommes à un temps donné, l’histoire récit hérite des biais des leur époque. Elle est aussi souvent influencée par les convictions politiques de celui qui écrit l’histoire. Il est donc indispensable de séparer l’histoire récit de l’histoire réalité.

L’histoire récit

Tout récit peut être dit « histoire ». On parle alors d’une histoire et non pas de l’histoire. Le mot est extrêmement englobant. Il regroupe à la fois :

  • l’anecdote (il m’est arrivé une histoire)
  • l’information médiatique (l’histoire de la marée noire aux États-Unis)
  • la biographie ou autobiographie (l’histoire de Napoléon)
  • la fiction (l’histoire de Peter Pan)
  • le mensonges (raconter des histoires)

L’histoire a ici un lien faible à la vérité et l’objectivité. Elle ne suppose aucune méthode, même lorsqu’elle aborde un fait passé.

Philosophiquement, ce sens d’histoire est thématisé dans les réflexions sur le récit. Il est toutefois utile de l’avoir à l’esprit. Les sujets de philosophies jouent souvent sur les mots, et les sens courants d’histoire peuvent être mobilisés.

L’histoire comme récit fictif est un sous-sens de l’histoire récit. Cet usage mineur en philosophie est très prégnant dans la langue courante. L’histoire est alors synonyme de récit imaginaire, de fable, légende ou conte. On dit aussi histoire pour les mensonges ou les propos jugés faux.

Bibliographie

  • Histoire, Dictionnaire de philosophie, Noëlla Baraquin (dir.), Paris, Armand-Colin, 2007
  • Histoire, Dictionnaire de philosophie, Christian Godin, Paris, Fayard, 2004
  • Histoire, Dictionnaire des concepts philosophiques, Michel Blay (dir.), Paris, Larousse-CNRS, 2007
  • Histoire, Lexique de philosophie, Olivier Dekens, Paris, Ellipses, 2002
  • L'Histoire, Nicolas Piqué, Paris, GF Corpus, 2007
  • Histoire, Nouveau vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Louis-Marie Morfaux (dir.), Jean Lefranc (dir.), Paris, Armand-Colin, 2005
  • Histoire, Philosophie de A à Z, Collectif, Paris, Hatier, 2000

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