Travail

Travail (nom commun)
(Invariable, singulier) Ensemble des activités par lesquelles l’homme satisfait ses besoins et transforme la réalité.
Activité particulière ayant pour fonction la satisfaction des besoins d’un individu et la transformation la réalité.
Activité particulière à laquelle un individu est formé, et qui est censée lui permettre de satisfaire ses besoins. Syn. métier, profession.
Activité qui permet à un individu de satisfaire ses besoins. Source de revenus. Syn. emploi, activité rémunératrice. Opp. chômage/inactivité, loisir, rente, bénévolat.
Toute activité dont le produit a été obtenu par un effort ou sous la contrainte, même sans lien avec un besoin.
Manière dont le travail au sens (2) ou (3) est réalisé.
Produit, résultat du travail au sens (1), (2) ou (3).
Exemple(s) (1) Le travail peut prendre les formes les plus surprenantes. (2) Il a trouvé un travail. (2.a) Mon travail est d’être boulanger. (2.b) Être surveillant est un travail, mais ce n’est pas un vrai métier. (3) Écrire des définitions de philosophie suppose beaucoup de travail. (4) C’est du travail de pro. (5) J’ai rendu un travail décevant, mais au moins il était fini.
Terme(s) associé(s)

jeu (opp.)

Étymologie

De l’ancien français, « travail » : souffrance. Depuis le latin populaire tripaliare : « tourmenter avec un tripalium ». Un tripalium étant soit un instrument de torture, soit un instrument qui sert à immobiliser les grands animaux pour les ferrer (chevaux, bœufs).

Remarque

Le mot « travail » connote la souffrance, la pénibilité (cf. torture), la contrainte, et l’asservissement (cf. immobilisation). Le concept se constitue lentement. Il présuppose certains types de rapports sociaux et économiques qui n’émergent pas avant le XVe. C’est à la fin du XVe que « travailler » remplace « œuvrer » (de opus, œuvre) dans la langue.

Une notion pensée différemment selon la langue

Le français n’utilise qu’un seul mot : « travail ». On appelle travail à la fois une certaine activité et le résultat qu’elle produit. Si je fais un devoir à rendre à la maison, je fais du « travail ». Mais ce que je vais rendre, le produit de mon activité, c’est aussi un « travail ». Toutes les langues ne fonctionnent pas ainsi.

L’anglais et l’allemand séparent le travail en cours de réalisation (labour, arbeit) et le travail qui a été réalisé (work, werk). Le latin distingue certains travaux pénibles ou dangereux : on parle de labor pour la culture des champs, le service militaire ou l’accouchement. Le grec met d’un coté l’activité de production extérieure (poiesis) et de l’autre son résultat (ergon).

Le français est moins précis. Il ne permet pas de donner à chaque type de travail un nom différent. Pour éviter les confusion, on garde à l’esprit que le « travail » cible au moins trois choses :

  • une activité — sens 1, 2 et 3
  • une façon de réaliser cette activité — sens 4
  • le résultat de cette activité  — sens 5

Modifier un réel qui ne se laisse pas faire

En philosophie, c’est le travail comme activité qui intéresse. Pour les philosophes, le travail est d’abord ce par quoi l’homme transforme ce qui l’entoure pour satisfaire ses besoins (sens 1). La notion s’écarte donc très vite du sens courant. Travailler, c’est agir sur le réel pour le modifier.

Certains ouvrages insistent sur le rapport entre travail et nature. Le travail serait une transformation de la nature, pas du réel en général. Cette vision correspond à un image du travail très éloignée du monde contemporain. Il y a 5000 ans, travailler, oui, c’était agir sur la nature. Mais aujourd’hui ? Sérieusement ?

Travailler, c’est interagir avec son environnement. C’est chercher à le transformer, à en faire quelque chose d’autre que ce qu’il est au départ. Dans le même temps, cet environnement va transformer celui qui travaille. Il y a une double dynamique.

Le travail est un moment de confrontation. L’homme se rend compte que le réel lui résiste. Il ne se plie pas à ses désirs ou à sa volonté. Il faut faire des efforts, voire souffrir, pour réussir à transformer les choses. Le réel est un perçu comme un obstacle.

Essayez de faire de la poterie. Vous prenez du matériel, vous malaxez la glaise… et c’est moche. C’est raté. Ça ne ressemble à rien. Vous vouliez faire un bel objet, mais ce n’est pas facile. Il faut de la technique. Vous devez prendre du temps, vous entraîner, recommencer plusieurs fois. Le réel ne se laisse pas transformer sans effort.

Pourtant, la résistance du réel va vous apporter quelque chose. Quand vous réussirez à sculpter l’objet que vous souhaitiez, vous ne serez plus le même qu’au départ. L’homme change le réel par le travail, mais ce travail fait aussi changer l’homme.

Produire pour satisfaire des besoins

Travailler n’est pas un objectif en soi. Il est subordonné à un fin extérieure: la satisfaction des besoins. C’est parce qu’on a des besoins ; et parce que le réel résiste à leur satisfaction qu’il faut travailler. L’homme est donc contraint de travailler. Le travail n’est pas recherché pour lui-même, mais pour autre chose. Il est dit « productif », dans la mesure où il a un résultat, un produit qui se distingue du travail comme activité.

Bibliographie

  • Travail, fiche personnelle
  • Travail, Dictionnaire de philosophie, Noëlla Baraquin, Armand-Colin, 2007
  • Travail, Dictionnaire de philosophie, Christian Godin, Fayard, 2004
  • Travail, Lexique de philosophie, Olivier Dekens, Ellipses, 2002
  • Travail, Nouveau vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Louis-Marie Morfaux, Jean Lefranc, Armand-Colin, 2005
  • Travail, Philosophie de A à Z, Collectif, Hatier, 2000

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