Animal-machine

Animal-machine (nom commun)
Théorie de René Descartes selon laquelle l'animal est analogue à la machine fabriquée.
Terme(s) associé(s)

homme-machine, mécanisme

Étymologie

Du français, « animal » et « machine »

Descartes affirme que l’animal n’est rien d’autre qu’une machine perfectionnée. Il n’y pas de différence fondamentale entre un automate et un animal. Un artefact fabriqué par l’homme n’est pas ontologiquement distinct d’un animal. La Lettre au Marquis de Newcastle (23 novembre 1646) compare explicitement l’animal à un horologe, composé de pièces mécaniques et de ressorts.

Pour Descartes, l’animal n’a ni âme ni raison. En dépit des apparences, l’animal n’a pas de pensées. Il réagit « automatiquement » à des stimuli. C’est une créature intégralement déterminée, qui est conçue sur le modèle d’un système mécanique.

À l’inverse, l’homme dispose de la pensée et du langage. Il a une âme et une raison. Il est libre. C’est une créature, mais une créature qui porte en elle la marque de l’infinité de Dieu. L’homme et l’animal sont finis, mais l’homme n’est pas pure finitude.

Descartes pense une rupture profonde entre l’homme et l’animal. Peu importe tout ce qui nous rapproche en apparence des animaux : il y a une différence métaphysique entre eux et nous.  Descartes le dira explicitement : l’homme est plus proche de Dieu que des animaux.

La théorie de l’animal-machine sera abondamment critiquée par la suite. Aujourd’hui plus personne ne croit que les animaux soient réductibles à des machines (voir plus bas les commentaires). Sauf à l’heure des repas, bien entendu.

Bibliographie

  • Animal-machine, Dictionnaire de philosophie, Noëlla Baraquin, Armand-Colin, 2007
  • Animal, Dictionnaire de philosophie, Christian Godin, Fayard, 2004
  • Partie V, Discours de la méthode, René Descartes
  • Lettre au marquis de Newcastle du 23 novembre 1646, René Descartes
  • Animal, Nouveau vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Louis-Marie Morfaux, Jean Lefranc, Armand-Colin, 2005
  • Animal, Philosophie de A à Z, Collectif, Hatier, 2000

6 comments / Add your comment below

  1. Donc nous sommes d’accord : la machine dont parle Descartes est une construction biologique complexe et subtile qui correspond très exactement à ce dont les scientifiques parlent lorsqu’ils évoquent aujourd’hui le vivant. C’est dans ce mécanisme fabriqué à partir de la matière inerte qu’on peut la source de la vie et la sensibilité, et nulle part ailleurs : tel est le message de Descartes.

    Il est vrai que Descartes ajoutait au corps animal de l’homme une âme immatérielle, ce qui introduit une rupture fondamentale. Mais il est permis de penser que le Descartes du Traité de l’Homme n’y croyait plus vraiment. Il nous promet au cours du texte de décrire plus tard l’âme humaine, mais il ne le fait jamais, et pourtant la machine qu’il construit par la pensée, et qui n’est que corporelle, ressemble comme deux gouttes d’eau à un homme véritable, nous dit-il à la fin du traité. Il y a là une différence majeure avec les machines qu’il décrit dans le Discours de la Méthode.

    Pour ce qui est de la différence homme-animal, Descartes a néanmoins toujours affirmé que le corps humain, et partant, le jeu des émotions et des affects qui découlent du corps, étaient semblables aux corps et aux affects des animaux. Ce que la vulgate autour de Descartes oublie presque toujours de dire.

    Dire que les machines de Descartes sont sensibles, ce n’est pas ajouter une nuance à sa philosophie, c’est en changer complétement l’interprétation. Or il semble que même les personnes informées de cette subtilité ont du mal à franchir le pas, et en restent au discours habituel et un peu méprisant autour des animaux -machines.

    Peut-être faut-il y voir une résistance à considérer que la vie, y compris la nôtre, est issue d’un simple mécanisme. Car si nous refusons la conception cartésienne d’une âme séparée du corps, alors ne reste de notre propre vie que ce mécanisme intégral.

    Aussi ce que vous dites à la fin me laisse perplexe. C’est un peu comme si vous disiez oui mais non : vous contredisez ce que vous admettez au début. Si le vivant est une machine, alors la comparaison animal-machine n’a pas vécu, au contraire. S’il est vrai que les artefacts que nous pouvons construire aujourd’hui n’ont pas grand chose à voir avec le vivant, il est possible que demain, ils soient tout aussi vivant que vous et moi. Cette possibilité, envisagée par Descartes, n’est en rien démodée : elle a au contraire un grand avenir.

    Il faut bien comprendre que Descartes ne rabaisse pas la vie à du mécanisme, il élève le mécanisme à de la vie. Puisque c’est de là que provient, dit-il, toute la douceur et la félicité de la vie : dans l’usage des passions, c’est-à-dire des affects psycho-physiques du corps (lettre au Marquis de Newcastle, 1648).

  2. « Aujourd’hui plus personne ne croit que les animaux soient réductibles à des machines »

    Bien au contraire, presque tous les scientifiques le croient. Et c ‘est même cette hypothèse qui leur permet d’être des scientifiques. Seulement, il semble que vous donniez une interprétation naïve à la notion de machine. Vous semblez croire que la machine de Descartes est à peine plus perfectionnée qu’un coucou suisse. C’est le contraire qui est vrai. Les corps des hommes et les animaux sont des machines infiniment perfectionnées selon Descartes. Ces machines sont capable de générer la vie, ce sont des machines sensibles et capable d’une forme d’intelligence (la ruse). Voir l’excellent article à ce sujet : .

    Descartes ne fait que développer le thème du matérialisme à propos du vivant. Tout ce qu’il dit, c’est que le vivant obéit aux lois de la physique. C’est, contrairement à ce que vous dites, devenu une évidence pour un très grand nombre de personnes.

    1. Effectivement, j’aurais pu être plus précis. Ce que j’aurais dû dire, c’est que plus personne ne croit à une discontinuité homme/animal aussi forte que celle présente chez Descartes. Les phrases autour de celle que vous citez portent d’ailleurs plus sur ce point que sur la réduction de l’animal à la machine. J’ajoute un renvoi vers les commentaires en corps de texte.

      Cela dit, je souscris déjà à tout ce que vous signalez. Oui, la pensée des Descartes est subtile ; et les machines dont il parle peuvent être infiniment sophistiquées. Et, bien sûr, le matérialisme mécaniste est aujourd’hui l’une des positions les plus largement partagées. Un coup d’œil aux Principes de la philosophie livres II à IV fait vite voir que Descartes n’imagine pas un mécanisme simpliste.

      Reste que l’analogie animal/machine elle-même a vécu. D’une part, il n’y a plus de raison de limiter l’analogie à l’animal (pensé comme distinct de l’homme). On peut étendre l’analogie à l’homme. D’autre part, la comparaison avec des artefacts (même en guise de simplification) semble totalement désuète aujourd’hui.

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