Immanent

Immanent (adjectif)
Qui comporte en soi-même son propre principe et ne nécessite pas l’intervention d’un principe ex­térieur.
Terme(s) associé(s)

transcendant

Remarque

Adjectif d’usage rare et globalement limité à la philosophie.

Immanent ? Mais de quoi parle-t-on ?

Immanent n’est pas défini clairement par les dictionnaires. Il y a bien des définitions, mais elles n’aident pas vraiment. Si on a pas déjà une idée de ce que désigne le mot, les dictionnaires sont souvent peu utiles. Au regard de mes sources, la définition la plus précise me semble :

« Qui comporte en-soi-même son propre principe et ne nécessite pas l’intervention d’un principe extérieur. »

C’est la formule qui correspond le mieux. Elle saisit ce que décrivent les dictionnaires, sans s’avancer plus qu’ils ne le font. Elle ne s’engage pas au delà du nécessaire. Mais, problème : elle hérite de toute l’imprécision de ses sources. Les dictionnaires laissent en suspens tellement de points que le sens de « immanent » devient difficile à cerner.

Qu’est ce qui est immanent ? Des carottes ? Des livres de philo ? Des concepts ? Le type de chose qu’on dit immanent n’est jamais précisé. Immanent est un adjectif, mais on ne sait pas ce qu’il qualifie.  On parle souvent de cause, de justice ou d’explication immanente : mais peut-on appliquer le terme à d’autres choses ? Dès qu’on s’éloigne de ces exemples, la description du concept devient imprécise.

Dans ce contexte, les autres mots de la définition sont difficiles à comprendre. Ce qui est immanent a « en soi-même » son principe, il n’a pas besoin de principe « extérieur ». Que peuvent vouloir dire ces termes ici ? De quel principe parle-t-on ? Sans plus de précision, la définition est presque inutilisable.

Trois éléments de définition

En dépit de leur imprécisions, les dictionnaires s’accordent sur certains points. Ce qui est immanent :

  1. est intérieur à un être ou une réalité
  2. est lié à la possession d’un principe interne
  3. présente une forme d’auto-suffisance

L’immanence renvoie au fait de partager un même ordre, d’être sur le même plan. En particulier un plan ontologique. Une chose immanente n’a pas besoin d’invoquer des éléments extérieurs. Elle s’oppose bien à la transcendance, qui suppose toujours des ordres différents.

L’immanence maintient toutefois des séparations. On est immanent par rapport à quelque chose. Il faut distinguer ce qui est immanent (ex: une cause) et ce par rapport à quoi on le dit immanent (ex: l’objet causé). L’unité de plan n’implique pas la confusion des entités en jeu.

Immanent peut être rapproché de « intrinsèque », « interne » ou « inhérent ». Ces mots en sont parfois synonymes et l’apport spécifique de « immanent » n’est pas toujours clair.

Trois exemples omniprésents

Les définitions d’immanent utilisent invariablement les mêmes exemples.  Au point où la définition générale du concept en semble indétachable. On ne sait plus si les exemple illustrent un usage général du mot « immanent »… ou si le mot « immanent » n’a pas d’autres usages que ceux donnés en exemples. Les dictionnaires donnent ainsi pour exemple :

  • la cause
  • la justice
  • l’explication

La cause immanente est interne à son effet. Elle n’est pas séparée de lui.  On dira par exemple que l’acier est cause immanente de la dureté d’un objet en acier. L’objet en acier est dur en vertu de la structure de l’acier. L’acier est à la fois la matière de l’objet et la cause de sa dureté. Beaucoup de dictionnaires utilisent la cause immanente comme modèle pour penser le concept d’immanence. Ce n’est pas un simple cas particulier d’immanence : c’est le paradigme à partir duquel « immanent » est défini.

La justice immanente est censée rétribuer sans intervention sociale ou surnaturelle. Ceux qui enfreignent la loi seraient naturellement punis, par la force des choses. Il y aurait une justice « naturelle » pour ainsi dire. L’expression « bien mal acquis ne profite jamais » illustre cette idée. Pas besoin de sanction sociale (politique, juridique) ou divine : il y a une justice immanente dans le cours des choses.

L’explication immanente utilise les principes propres à une discipline. Elle ne fait pas appel aux domaines ou aux sciences extérieures. Une explication philosophique d’un problème philosophique est immanente. Une explication historique, sociologique, ou physique d’un problème de philo ne l’est pas.

Bibliographie

  • Immanent, Dictionnaire de philosophie, Noëlla Baraquin (dir.), Paris, Armand-Colin, 2007
  • Immanent, Dictionnaire de philosophie, Christian Godin, Paris, Fayard, 2004
  • Immanent, Dictionnaire des concepts philosophiques, Michel Blay (dir.), Paris, Larousse-CNRS, 2007
  • Immanent, Lexique de philosophie, Olivier Dekens, Paris, Ellipses, 2002
  • Immanent, Nouveau vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Louis-Marie Morfaux (dir.), Jean Lefranc (dir.), Paris, Armand-Colin, 2005
  • Immanent, Philosophie de A à Z, Collectif, Paris, Hatier, 2000
  • Transcendant / Immanent, Lexique des repères philosophiques, Olivier Dekens, Paris, Ellipses, 2004

7 comments / Add your comment below

    1. j’ajoute : voire des baltringues (prendre la définition Larousse de ce dernier mot) : ils vont de plateaux télé en plateaux télé. A peine écouté, à peine oublié 😉

    1. Hmmm… Je vois difficilement comment un même philosophe peut soutenir les 2 thèses à la fois. Ça semble bien contradictoire.

      Guillaume

  1. Merci pour cette explication claire et détaillée. Il est vrai que les dictionnaires ne m’ont pas bcp éclairée sur le sens de ce nouveau mot découvert à l’instant. Le tout maintenant est de pouvoir un jour l’utiliser à bon escient, lui donner vie ds mon vocabulaire…Bonne journée !

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