Poser la problématique

La problématique est l’un des éléments les plus important d’une dissertation. Il faut savoir construire, mais aussi exposer une problématique. Une problématique mal présentée peut faire échouer une copie. Le lecteur DOIT trouver et comprendre votre problématique. C’est pourquoi il faut savoir poser sa problématique.

Puzzle

Cet article ne traite pas de comment construire sa problématique. Ce sujet sera traité ailleurs sur le site. On se concentre ici sur la façon de présenter la problématique, une fois qu’on a déjà déterminée quelle elle est.

Soyez clair

Une problématique de philo est quelque chose de complexe. Cela ne se comprend pas instinctivement. C’est pourquoi vous devez être attentif à la clarté de votre expression, sur le fond et sur la forme.

Personne ne se dit « Je ne comprends pas, c’est que ça doit être super profond ». À la place on se dit « Il ne sait pas ce qu’il raconte. Il se fout de moi. Je vais lui mettre 2 ». Voici quelques astuces pour rendre l’exposé de la problématique compréhensible.

Ne répétez pas le sujet

Un sujet de dissertation est un emballage. La problématique est l’objet emballé. Quand vous avez l’objet, vous jetez l’emballage. Pareil en dissert. Pas besoin de redonner le sujet pendant l’introduction : il ne sert plus à rien. Vous pouvez indiquer le sujet en haut de votre copie avant, mais dans intro, ne répétez pas le sujet. C’est aussi factice qu’inutile.

N’utilisez que les mots du sujet

Règle absolue : N’ajoutez pas des mots qui ne sont pas dans le sujet.

Votre problématique émerge des mots du sujet et d’eux seulement. Elle s’appuie sur ces mots et sur leurs définitions. Si un terme n’est pas :

  • directement dans le sujet
  • présent dans la définition d’un mot du sujet

c’est qu’il n’a pas sa place ! Il n’y a pas à le rajouter lors de l’exposé de la problématique.

Ne vous préoccupez pas des synonymes. En philosophie, il y a rarement des synonymes. Quand on parle du « désir« , on parle bien juste du désir. On ne parle pas de besoin, de souhait ou d’envie. Évitez donc les synonymes.Ne quittez pas les mot du sujet. Ce sont eux qui font sortir la problématique, ceux sont eux qu’on vous a donné. Gardez les.

Ne posez qu’une seule question

Règle absolue n°2 : Ne jamais utiliser le point d’interrogation en introduction, sauf si c’est pour signaler ma problématique.

Si vous ne posez qu’une seule question dans votre intro, le correcteur supposera que c’est votre problématique. Vous avez donc une astuce pour signaler efficacement votre problématique au lecteur. Si vous accumulez les questions à la suite, vous rendez votre propos obscur.

Pourquoi poser trois questions à la suite ? Quelle est la « bonne » ? Celle qui sert de guide à la copie ? À la quelle allez vous répondre ? Si vous posez une question, posez une seule question. Mais vous pouvez très bien exprimer votre problématique sans poser de question. Une problématique est un élément complexe, et il est souvent peu pratique d’utiliser une question pour la résumer.

Soyez franchement lourd

Faites efficace, pas littéraire. N’hésitez jamais à mâcher le travail pour signaler où est votre problématique. Je ne dis pas de mettre des flèches et d’encadrer en jaune, mais presque.

Vous aboutissez à un paradoxe ? On aboutit donc à un paradoxe…

Vous résumez la problématique en une phrase ? Le problème, c’est ainsi…

Vous voulez signaler l’enjeu du devoir ? L’enjeu, c’est alors…

Ces formules sont aussi peu subtiles qu’efficace. Elles permettent se signaler ce que vous êtes entrain de faire. Un correcteur qui voit passer un « D’une part / D’autre part » se doute qu’on est dans l’exposé d’une problématique. En utilisant des expressions aussi éculées, vous rendez en même temps votre travail plus clair. On voit où vous en êtes. Et donc où on va aller.

Image : CC-BY-SA par INTVGene

22 comments / Add your comment below

  1. Bonjour!
    Tout d’abord, merci pour ce site que je viens de découvrir et qui m’aide beaucoup!
    J’ai une dissertation à faire sur le sujet : « L’Etat peut-il tolérer l’existence des sectes? », j’ai donc rédigé mon introduction, définis les termes du sujets, j’ai à peu près mon plan mais je ne trouve pas ma problématique. Est-ce que je peux garder le sujet comme problématique, ou est-ce qu’il faut absolument que j’en trouve une autre?
    Merci pour votre réponse!

    1. Bonjour Élodie.

      Ton plan doit découler de la problématique. Si tu n’as pas de problématique, tu ne peux pas avoir de plan. Et, non tu ne peux pas garder le sujet comme problématique. C’est comme si tu voulais manger de la nourriture sans enlever l’emballage. Le sujet permet de trouver une problématique, mais ne peut pas la remplacer. Si tu n’as pas déjà regardé, il y a plusieurs autres articles sur le site qui expliquent ce qu’est un sujet et une problématique : https://dicophilo.fr/#methode. Bon courage !

      1. Du coup, j’ai regardé vos articles et peaufiné mon introduction, mais j’ai beaucoup trop de questions qui sont ressorties… vous pouvez m’aidez à choisir la « bonne »? Je vous mets l’introduction entière, si vous avez des conseils je suis preneuse!

        « Chaque être humain a besoin de se sentir entouré, aimé et compris. Un être humain seul n’est pas un être humain. De ce fait, chaque année, des milliers de personnes qui se sentent seuls rejoignent des sectes, c’est à dire des des groupes de personnes qui suivent une même ligne de conduite, une même philosophie de vie, une même religion. L’Etat est une institution politique qui organise la société au sein d’un territoire, il est de sa mission de protéger et de diriger sa population. Le verbe pouvoir est utilisé, on ne demande pas si l’Etat doit tolérer, mais si elle le peut, si les sectes ne sont pas trop dangereuses pour être acceptables. De plus, on ne parle pas d’accepter l’existence des sectes, mais de tolérer, cela sous-entend que la secte est dans tous les cas un « ennemi » de l’Etat, que les deux sont contradictoires et ne pourront jamais s’entendre. Il s’agit alors de tolérer l’autre, et non pas de l’accepter. Seulement, même s’il est du rôle de l’Etat de protéger sa population, est-ce qu’il est de son rôle d’interdire quelque chose qu’il juge dangereux pour elle? Interdire quelque chose ne s’apparenterait-il pas à une forme de dictature? Où est la limite entre la liberté et la sécurité? La population n’est-elle pas capable de se protéger elle-même? Et, qui est l’Etat pour se permettre de juger ce qui est bon et ce qui ne l’est pas pour sa population? »

        1. J’aime vraiment pas faire des devoirs (c’est du boulot), surtout quand le sujet m’inspire pas trop comme là (je ne vois pas clairement la problématique). Mais vite dit, voilà quelques éléments :

          Secte, c’est 3 choses : [1] un groupe qui défend une théorie (religieuse ou pas), [2] un groupe religieux minoritaire, ou [3] un groupe religieux qui cherche à exploiter ses membres (https://fr.wiktionary.org/wiki/secte#Nom_commun). Tu as l’air de ne pas prendre en compte à fond l’idée qu’une secte ne soit pas forcément un courant religieux ou même quelque chose de dangereux (cf. sens 1 et 2).

          Au 1er sens, les sectes sont des courants d’opinions. Si l’État les tolère pas, on est plus dans un régime qui respecte la liberté d’opinion. Et en plus, on pourrait dire que l’État lui même est issu d’un courant de pensée ou en soutient un. Même sans tolérer les autres sectes, l’État pourrait être vu comme issu d’une secte. Tu as l’air de plutôt bien voir qu’il y a un problème lié aux libertés et au rôle de l’État, pas juste une question religieuse.

          Au 2d sens, une secte est un courant religieux minoritaire. La question à ce moment là, c’est plus du coté des limites de la tolérance religieuse. Par exemple, un État religieux (disons chrétiens catholique) doit-il tolérer d’autres courants minoritaires (protestantisme, orthodoxie) ? Et si on tolère des minorités, où s’arrête-t-on ? En dessous de quel taille ? Ça tu n’as pas l’air de le creuser tant que ça.

          Sinon, on voit que tu as compris que « tolérance » désigne une notion ambiguë, pas nettement positive, et qui n’est pas l’acceptation. Par contre, attention l’État n’a pas forcément pour mission de protéger sa population (regarde en Syrie, ou pendant la Terreur en France). C’est bien son rôle d’organiser la société, mais ça ne veut pas dire de le faire sans violence, ou sans réprimer une part de la population.

          Voilà quelques pistes. Je suis conscient que c’est pas satisfaisant, parce que ça ne te donne pas la problématique. Mais de mon point de vue « L’État », « La tolérance » et « Les sectes » ça pourrait faire l’objet de 3 disserts différentes. J’ai un peu du mal à saisir la problématique que cherche ton prof, et j’ai pas envie de t’envoyer vers une mauvaise piste.

          1. Bonjour,
            Merci pour ces nouvelles pistes que je n’avais pas vraiment explorées oui!
            Je ne vois pas non plus où veut nous emmener le prof, je vais essayer de faire quelque chose d’assez général.
            Merci beaucoup pour votre aide, vraiment!
            Bonne journée!

    1. Euh ?! Non, il n’y a pas de raison de le faire. Dans une dissertation, l’idéal est de ne pas multiplier les questions. L’objectif est de solutionner le problème philosophique principal (la problématique, qu’on peut à la rigueur exprimer sous forme de question dans l’intro). Plus ou ajoute des questions, moins le correcteur sait à laquelle on répond 😛

  2. Bonjour, j’ai un devoir de philosophie sur le sujet « Peut-on postuler un sens à l’histoire ? ».
    Je viens de commencer l’introduction, j’ai définis tous les termes. A présent je suis à la recherche de ma problématique, je pensais à quelque chose du genre « Y a-t-il la possibilité de donner une finalité à l’histoire ? » est ce que cela est bien comme problématique ?

    1. Bonjour Lucas. De façon générale, je ne donne pas les problématiques (parce que c’est pas très agréable à trouver et que ça suppose du travail aussi de mon coté). Cela dit pour ta problématique, je ne vois pas de problème philosophique dans ce que tu proposes. Une problématique, c’est une difficulté intellectuelle qui ressort de l’analyse des définitions.

      Normalement, en listant les différents sens de « postuler », « sens » et « histoire », il doit en avoir qui ne sont pas compatibles entre eux. Tu dois t’apercevoir (par exemple), qu’en un sens de « histoire », il faut forcément postuler un sens à l’histoire. On le fait toujours, et on a pas le choix. Mais en même temps, en un autre sens de « histoire », on ne doit surtout pas le faire, et même on ne le peut pas. On a un paradoxe, parce qu’en un sens du mot on postule forcément un sens à l’histoire, et dans un autre sens, on ne peut pas postuler de sens à l’histoire.

      Si tu arrives à trouver une situation qui ressemble à ça en analysant les définitions, c’est que tu as la problématique. La problématique c’est pas fondamentalement une question, c’est un problème. Toutes les questions ne correspondent pas à un problème philosophique (heureusement). Et tu peux trouver un problème sans l’exprimer en une seule question.

      Et je redis ici que c’est un exemple mon analyse au dessus. C’est juste un squelette vide pour montrer comment ça fonctionne. Ça ne dit rien sur l’histoire et sur ton sujet, hein. C’est juste le mécanisme générale de la problématique.

  3. Bonjour,
    Tout d’abord merci pour ce site qui est très bien construit et m’aide beaucoup.
    J’ai une question, vous dites que la problématique ne doit être qu’une seule question mais mon prof de philo insiste énormément sur le fait qu’une problématique est un ensemble de questions articulées entre elles.
    Que dois-je faire, une seule question ou plusieurs ?
    Merci

    1. Bonjour. 2 choses :

      1/ Si tu n’es pas dans une école française, la « dissertation » peut être différente. Les conseils que je donne sont fondés sur mon expérience de la dissert en France, donc ça peut varier. J’ai eu le cas récemment avec un étudiant québecois.

      2/ Si tu es dans une école française : effectivement, on peut dire qu’il y a plusieurs questions liées à un sujet de dissert. Par exemple, quand un sujet a un aspect moral et un aspect métaphysique : les questions que le sujet pose ne sont pas les mêmes dans les deux champs. Mais de façon générale, il y a toujours une question unique, qui englobe les autres. Il y a un problème principal, plus central, plus profond.

      En introduction, le mieux est toujours de ne donner qu’un seul problème. C’est plus clair. On voit ce que tu penses être le plus important dans ce sujet. Après, ça n’empêche pas de traiter les autres sous-questions lors de la dissert ! Et c’est même conseillé.

      Ton prof a raison de dire que ce sont des questions qui s’articulent entre elles. Quand je dis qu’il n’y a qu’un seul problème, je veux dire qu’il n’y a qu’un seul problème « central », qui s’articule avec tous les autres « sous-problèmes ».

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