Qu’est-ce qu’une dissertation de philo ?

La dissertation de philosophie est un exercice scolaire qui vise à évaluer des élèves. Elle demande de trouver un problème philosophique et de lui rédiger une solution argumentée. On oublie pourtant trop souvent les conséquences de cette définition.

Fuck fuck fuck écrit à la main sur un carnet
Dear Diary par Rick Harris (CC-BY-SA)

Tout le monde veut réussir sa dissertation. Mais qui s’arrête pour se demander : “C’est quoi, une dissertation de philo ?”. “Qu’est-ce qu’on fait quand on écrit une dissert ? Quel est le sens de ce type de devoir ?” C’est ce que j’explique dans cet article.

La dissertation est un exercice scolaire

La dissertation est donnée par un professeur à des élèves. C’est un moyen qu’il utilise pour évaluer leurs compétences et leurs connaissances. Elle s’insère dans un contexte particulier : celui de la Terminale, de la prépa ou des études de philosophie. Cela semble évident, mais on peut en tirer deux leçons.

Premièrement, une dissertation est toujours faisable. Le but est de tester vos capacités : il serait absurde de vous demander quelque chose de trop difficile pour vous. De plus, votre professeur a une idée du niveau que vous devriez avoir : il va vous juger en fonction de ce qu’il peut raisonnablement attendre de vous.

Deuxièmement, c’est artificiel. La dissertation n’est pas le lieu pour une pensée personnelle authentique : c’est un devoir d’école. Pour la réussir, il faut suivre certaines règles. On peut les juger stupides, formelles ou ridicules, mais c’est le jeu. Vous pourrez réfléchir plus librement quand vous ne serez pas forcés d’écrire une dissertation.

La dissertation résout un problème intellectuel

Une dissertation est un exercice dans lequel on doit trouver et résoudre un problème philosophique. Ce problème (ou problématique) est au centre du devoir. C’est parce qu’on rencontre une difficulté intellectuelle qu’on va se mettre à réfléchir et à écrire une dissertation.

Ce problème n’est jamais donné explicitement. Il est caché à l’intérieur d’un sujet. Il faut analyser le sujet de dissertation pour trouver le problème. C’est en définissant les termes du sujet qu’on fait émerger un obstacle, quelque chose qui empêche d’utiliser les mots de façon simple. C’est cette difficulté qu’on appelle “problème” ou “problématique”.

Le développement de la copie va ensuite affronter et dépasser cet obstacle. En étudiant plus profondément le sens des mots, on va dissoudre le problème. Cette analyse prend du temps ; elle doit être argumentée et organisée. C’est elle qui occupe la copie entre l’introduction et la conclusion.

Si vous comprenez tout cela, vous comprenez ce qu’est une dissertation. Vous risquez moins de rater votre copie, car vous saisissez le sens de l’exercice. Vous n’avancez pas à l’aveugle, en suivant mécaniquement des règles apprises par cœur.

Reste à savoir pourquoi les professeurs demandent des dissertations et quelles sont leurs attentes.

Pourquoi donner des dissertations  ?

Celui qui donne une dissertation aurait pu utiliser d’autres moyens pour vous évaluer : questionnaire à choix multiples, exposé oral, liste de questions, etc. Pourquoi choisir la dissertation ? La tradition scolaire joue un rôle, mais il n’y a pas que ça.

La dissertation permet d’évaluer beaucoup de choses à la fois. En lisant votre copie, on voit si vous savez exprimer et organiser votre pensée. L’exercice vous demande de manipuler des idées, de savoir “ce que vous pensez” et de pouvoir le dire clairement.

La dissert va aussi montrer si vous savez défendre votre point de vue. Êtes-vous capable de donner des raisons d’accepter vos idées ? Des raisons que d’autres pourraient juger valables ? En philosophie, avoir une opinion ne suffit pas : il faut pouvoir l’argumenter.

Enfin, l’exercice teste votre aptitude à faire progresser votre point de vue. Êtes vous capable d’accepter des critiques et de faire évoluer votre opinion ? Ou bien de rester sur votre opinion initiale, mais en la nuançant ? La progression est l’un des principaux aspects de la note de votre copie.

La dissertation est donc un exercice complexe. Elle mobilise de nombreuses de aptitudes en même temps. Pour l’enseignant, elle a un aspect pratique : elle permet de tester en un seul devoir beaucoup de vos compétences.

9 comments / Add your comment below

  1. « C’est parce qu’on rencontre une difficulté intellectuelle qu’on va se mettre à réfléchir et à écrire une dissertation. »
    Certes. C’est une solution. Peser les différents aspects, supposer les conséquences de ses choix, définir comment surmonter le problème (du grec πρόβλημα qui signifie obstacle).
    Mais comment doit-on faire si l’énoncé ne montre aucune difficulté intellectuelle, c’est à dire que l’on a finalement effectué le raisonnement des années plus tôt et qu’on n’en a retenu que sa solution ?
    Comme si on demandait à un agriculteur de démontrer le besoin d’inventer la charrue.
    Ou à l’inverse qu’on se moque de la problématique car elle ne nous concerne pas, et qu’on suit finalement un rationalisme utilitariste qui fait que l’on ne raisonne que si cela en vaut la peine.
    S’est-on donc jamais posé la question de la motivation des élèves (psychique) à mettre en branle leur machine à raisonner pour trouver une solution à un problème qu’ils n’ont pas ?
    Et enfin comment se fait-il qu’aucun professeur de philosophie (j’en ai suivi 8) n’enseigne comment l’élève doit s’y prendre pour procéder à un raisonnement rationnel et cohérent, comme si lui expliquer puisse être obscène ?

    1. Mais comment doit-on faire si l’énoncé ne montre aucune difficulté intellectuelle

      Il y a toujours un problème intellectuel en dissertation. C’est un problème objectif, qui ne dépend pas de celui qui étudie le sujet. Bien sûr, on peut trouver le problème complètement superficiel, on peut l’avoir résolu à titre personnel et le trouver factice. Mais ça n’enlève pas le caractère objectif du problème.

      On peut comparer la dissertation à jeu de casse-tête où il faut séparer des pièces imbriquées les unes dans les autres. Il y a différentes pièces emboîtées : c’est les définitions du dictionnaire. On essaie de les séparer, mais ça coince : c’est la problématique.

      Si on trouve le jeu stupide, ça ne change rien. Il y a un problème presque mécanique : si on rapproche telle et telle définition, ça bloque. Par exemple « prendre » au sens prendre un objet physique, ça coince quand on l’utilise avec « temps », qui n’est pas un objet physique.

      Comme pour tout jeu, il faut accepter ses règles pour jouer. En dissertation, l’idée est de trouver un problème. On doit trouver quelles sont les définitions qui coincent, ou comment elles coincent. Si on refuse les règles du jeu, on ne peut pas faire de dissertation.

      comment se fait-il qu’aucun professeur de philosophie n’enseigne comment l’élève doit s’y prendre

      Aucune idée.

      1. Merci beaucoup de votre réponse. Et j’espère que l’idée d’en débattre vous plaît.
        Il me semble qu’à partir du moment où un jeu est imposé, non désiré, ce n’est plus un jeu, c’est au mieux un travail, au pire une corvée. Pour qu’il soit désiré il faut qu’il plaise. S’il déplaît c’est une peine, paraphrasant ici Calliclès face à Socrate.
        Or, comme vous y réagissez dans la seconde question, il peut y avoir la réaction du « aucune idée » qui nécessite du temps pour y réfléchir car les pensées ne viennent pas toujours sur commande. Malheureusement le chronomètre tourne lorsque la dissertation se fait en classe. Il faut être vif.
        Bien sûr on interroge les élèves en général sur ce qu’ils ont étudié en cours. Mais cette étude les a t’elle entraînée dans des réflexions préliminaires ? Il faut qu’il y aient trouvé un intérêt, ou un loisir.
        De là il me semble que pour aimer faire quelque chose, il faut y avoir goûté et l’avoir trouvé bon.
        Imposer à quelqu’un de faire quelque chose qu’il n’aime pas ressemble à une punition.
        Tandis qu’une punition qui imposerait à quelqu’un de faire ce qu’il aime n’en serait pas une, ça serait une incitation. Le fameux prisonnier volontaire de Hobbes, ou ces femmes qui décidaient de vivre recluses dans une église.
        Voir la dissertation comme ludique, pourquoi pas, pourvu qu’on s’y amuse. Mais quid si on s’y ennuie ? Si on y préfère, par exemple, le jeu de l’essay car on le trouve plus créatif, artistique, expressif ?
        En terme de morale, comment définir d’imposer à quelqu’un de faire ce qui le dégoûte ?
        Ce n’est donc pas la morale que la philosophie entend servir ?

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