Qu’est ce qu’une problématique ?

Une problématique est un problème (!). C’est un problème philosophique. Il émerge de l’usage des mots et de leurs définitions. La problématique est ce qui empêche d’utiliser les mots de façon naïve. Du moins si vous réfléchissez deux secondes.

The Question et The Riddler

Problématique = Problème philosophique

La problématique est un problème philosophique. Ce n’est pas juste un truc à trouver pour faire la dissert. C’est une difficulté d’ordre conceptuelle. Vous voudriez utiliser les mots de telle façon, ou exprimer telle pensée. Mais il y a une tuile. Conceptuellement, ça ne marche pas.

En dissert, la problématique émerge du sujet. Définir les termes du sujet fait apparaître un ou plusieurs obstacles. Ces obstacles sont suffisamment sérieux pour qu’on s’y arrête. Le but d’une copie est de dépasser ces obstacles. De trouver une solution au problème qu’on a découvert.

Exemple de problématique :

Notez que c’est tout le texte grisé qui constitue la problématique. La problématique n’est pas une simple phrase ou juste une question.

Sujet : « Prendre son temps »

Le temps, n’est pas matériel. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut « prendre », attraper ou enfermer. Il est impossible de prendre le temps. Nous sommes dans le temps, mais nous n’avons aucune prise sur lui. Il ne nous appartient pas.

Et cependant, nous devons nous approprier le temps. Nous « prenons » le temps quand c’est nécessaire. Si le temps était purement extérieur, si nous n’avions aucune prise sur lui, nous ne pourrions rien faire. Agir suppose de faire du temps quelque chose de « notre », de disponible pour nous, qui « nous appartient ».

D’un coté, le temps est radicalement impossible à saisir, à prendre et à s’approprier. De l’autre, nous passons « notre » temps, à agir comme si le temps était une ressource, quelque chose qui nous appartient, qu’on sur lequel nous avons prise.

La problématique est une difficulté intellectuelle. Des notions et des mots anciennement clairs sont devenus confus. On ne parvient plus à les comprendre nettement. La dissertation va chercher à restaurer leur intelligibilité.

Toute problématique est une « crise » dans laquelle le sens des mots ou leur utilisation usuelle est mise en cause. Et toute dissertation vise à résorber la crise. À obtenir une nouvelle façon de voir, dans laquelle le problème a été résolu.

Problématique = paradoxe

La problématique est un paradoxe. Ce n’est pas un problème insurmontable, impossible à résoudre. C’est un problème qui va contre (para) l’opinion courante (doxa). L’opinion qu’on a quand on ne réfléchit pas bien longtemps. Si on réfléchit plus longtemps, magie, on a une solution. Et le but de la dissert, c’est bien ça. De vous faire trouver une solution.

MAIS. La problématique est tout de même un « vrai » problème. C’est un paradoxe parce qu’il peut être surmonté. Mais ça n’est pas un « plaradoxe », un faux problème qui tombe à plat dès qu’on y touche. Les plaradoxes sont des choses comme :

  • « Comment les besoins peuvent-ils être différents selon les gens ? »
  • « Comment la définition de science peut-elle être aussi différente de la pratique des sciences ? »

Ces questions débiles ne sont pas des problèmes. N’importe qui voit rapidement qu’il n’y a pas de difficulté, si ce n’est pour celui qui pose la question. On pose ce genre de question parce qu’on n’a rien trouvé à dire, pas parce qu’on a trouvé une problématique.

Trouver la problématique

Trouver une problématique s’apprend. On ne reconnaît pas immédiatement les problématiques. Parfois on y pense, et on croit que ce n’est pas ça qui est demandé. Bilan on a vu la problématique, mais on n’y a pas répondu. Quelques astuces pour reconnaître LA problématique :

Vous êtes devant un problème massif

Vous avez trouvé un problème, mais vous n’avez pas envie de le résoudre. En fait, vous vous dites que vous n’y arriverez jamais. C’est un bon signe. La problématique devrait vous poser problème, parce que vous ne voyez pas comment vous en sortir. Si le problèmes vous semble factice, ce n’est pas bon signe.

Vous êtes devant un problème précis

La problématique n’est jamais vague ou plus large que le sujet. Si votre sujet est « Le besoin de savoir », la problématique ne PEUT PAS être « Qu’est ce que le besoin ? » ou « Qu’est ce que le savoir ? » ou même « Qu’est ce que le besoin et le savoir ? ». Ces questions sont plus larges que le sujet. Il faut déjà les avoir résolues (au moins vite fait) pour s’interroger sur le sujet.

La problématique émerge des définitions : c’est qu’on a déjà une idée du sens des mots ! Le problème n’est donc pas leur définition, mais quelque chose qui intervient alors qu’on suppose ces définitions connues. « Qu’est ce que X ? » n’est pas une problématique. C’est un sujet. Si en cherchant une problématique vous tombez sur un autre sujet, vous faites fausse route.

Ce problème est lié aux termes exacts du sujets

La problématique est un problème précis, lié aux mots du sujet. Pas à leurs synonymes. On doit travailler les mots exacts du sujet, ou ceux qui sont directement dans la définition de ces mots. Les synonymes, les trucs qui sont « presque la même chose » et les figures de styles peuvent rester chez elles. On n’en veut pas en dissert.

Un sujet sur l’art n’est pas un sujet sur le « beau » ou sur « l’esthétique ». Ce n’est pas un sujet sur « l’artiste » ou sur « l’œuvre d’art ». C’est un sujet à propos de l’art. Bien sûr, l’art est lié à tous les termes vus plus haut ! Mais le sujet ne porte pas sur eux en priorité. Il porte d’abord et avant tout sur l’art, et c’est l’art qui doit être au centre de la dissertation.

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Image [cc-by-sa dicophilo, depuis cc-by 2.0 JD Hancock]

5 comments / Add your comment below

  1. Merci et bravo pour votre site, utile et intéressant, pédagogique, et tout et tout :o)
    Vous écrivez, ci-dessus :  » Agir suppose de faire du temps qu’elle que chose de « notre », de disponible pour nous, qui « nous appartient ». » (fin de citation) Ne serait-ce pas plutôt « Agir suppose de faire du temps [quelque chose] de « notre »… » ? Sinon, c’est que je n’ai rien compris au sujet… ce qui est toujours possible. Sauf erreur de ma part, le mot « elle », dans ce contexte, ne se rapporte pas au temps, ni à la chose. Et j’espère très sincèrement ne pas vous faire « perdre votre temps » ;o) Agir suppose donc de s’approprier « le temps » – celui qui est commun à tous les êtres humains – afin qu’il devienne « le nôtre »… si et seulement SI nous en disposons ! Par exemple, si je suis salarié, mon contrat dispose que mon temps de travail est « celui pendant lequel le salarié est à la disposition de l’employeur et doit se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles. » Néanmoins, le temps que je prends pour travailler m’appartient en propre, il n’appartient à personne d’autre. Plus surprenant, j’agis pendant ce temps qui m’appartient. Et je ne suis pas rémunéré pour mes actions, mais pour le temps que j’ai consacré à agir ! Parfois, je suis même rémunéré pour ne rien faire de mon temps, et si j’insiste lourdement auprès de mon employeur pour ne pas « perdre mon temps », il refuse, et préfère me rémunérer « pour ne pas agir ». Sinon, cela remettrait en cause à la fois l’organisation de l’entreprise et les relations entre l’employeur et les salariés. Finalement, le sujet du temps est insoluble dans l’action. Je rêve d’être rémunéré pour vivre, sans avoir d’autre obligation éthique que de faire quelque chose d’utile pendant le temps dont je dispose. Utile aux autres, donc utile à moi. Einstein avait raison : le temps est une notion relative. Fraternellement, Luc.

    1. > Agir suppose de faire du temps [quelque chose]

      Oui ! Je ne sais même pas comment j’ai pu taper une bêtise pareille. C’est corrigé. Merci beaucoup !

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