Définir les termes en introduction

Définir les termes en introduction suppose du doigté. Il faut poser les éléments d’une définition neutre, tout en laissant l’espace pour modifier et approfondir cette définition. Il faut présenter ce qui va créer un problème… sans révéler ce qui sera la solution. Bref, savoir comment définir en introduction n’est pas simple.

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La définition doit être philosophique

La philosophie utilise le langage courant. Beaucoup de mots ont des sens « en philo »… et d’autres sens complètement inutiles. Il convient de n’utiliser en dissertation que ceux qui comptent en philosophie.

« Causer » a un sens philosophique, retenu par les dictionnaires. Il a aussi un sens courant de « discuter », qui ne sert à rien en philosophie.

Pour savoir si un sens est philosophiquement pertinent, il suffit de comparer sa définition prise dans un dictionnaire général et celle dans un dictionnaire philosophique. Si c’est seulement dans le dictionnaire général, ça n’est pas bon signe. Si c’est dans les deux, c’est bon.

Mais attention ! Beaucoup de sujets jouent sur le rapport entre sens philosophique et sens ordinaire. Il faut donc connaître le sens philosophique qui est mobilisé… sans pour autant oublier intégralement le sens usuel.

La définition doit être neutre

C’est-à-dire acceptable par tout philosophe, indépendamment de sa définition « personnelle ». Les définitions des dictionnaires sont réputées neutres. Pas celles des auteurs. Sauf exception, la définition d’un auteur est une réponse, une prise de position. Elle n’est jamais un point de départ. Et encore moins un point de départ neutre.

Hume définit la cause comme connexion constante entre deux phénomènes. C’est déjà aller trop loin ! Cette définition est une lecture très particulière de ce qu’est une « cause ».

De façon plus neutre, la cause est ce qui produit une chose. Une telle définition peut servir de point de départ. Elle est plus simple, moins profonde, mais elle sera plus utile en introduction.

La définition n’a pas à être unique

Vouloir « une » définition unique est un travers philosophique répandu. On veut trouver une seule formule… mais qui puisse s’adapter à toutes les situations. Résultat : une définition trop vague, certes adaptable, mais qui gomme la complexité du réel.

Une dissertation n’a pas à utiliser une définition monolithique. En fait, c’est en utilisant des sens différents pour un même mot qu’on réussit souvent sa dissertation. Savoir distinguer les différentes définitions d’un terme est donc important.

Dans bien des cas, la problématique émerge d’une confusion entre les sens d’un mot. La solution au problème philosophique sera alors de démêler les différentes acceptions.

Définir « cause » comme ce qui produit une chose n’est pas suffisant. Il faut au moins reconnaître deux sens plus précis :

Cause : antécédent nécessaire d’un phénomène. C’est ce sens que Hume précise et interprète à sa façon en parlant de « connexion constante »

Cause : raison d’une action, motif. On voit là qu’il y a un pan de la définition totalement différent.

La cause-motif concerne l’action humaine, la cause-antécédent concerne la physique et la métaphysique.

La définition n’est pas une récitation complète

On peut donner la définition d’un terme sans réciter une formule. Les meilleures définitions s’intègrent au discours, sans rompre brutalement le rythme et la logique du texte. Elles définissent progressivement, en présentant un à un les éléments importants de la définition. Vos correcteurs n’attendent pas que vous récitiez une formule toute faite sans la comprendre. Ils veulent que vous montriez votre maîtrise de la langue.

Une définition peut être partielle !

C’est-à-dire ne donner en introduction que ce qui est utile pour poser la problématique. On peut passer des heures à définir un seul mot… Mais l’objectif de l’introduction est de construire une problématique. Les définitions sont ici des outils. Pas besoin d’en dire plus qu’il ne faut.

Les définitions peuvent être déséquilibrées !

Tous les mots du sujet ne comptent pas autant en introduction. Ils comptent tous. Mais différemment. Certains mots sont très communs : leur utilisation « va de soi ». Certains mots méritent plus d’attention : ils sont nettement au cœur du sujet. Ils sont un « pivot », un point central auquel duquel tournent les autres notions du sujet.

Bref, il n’est pas dramatique de moins définir un des mots du sujet. Mais il faudra le définir une fois l’introduction terminée. L’exposition des définitions peut être souple, mais il est impératif de définir tous les mots du sujet en début de copie. Le premier paragraphe de 1ere partie peut servir à intégrer les définitions qui n’ont pas eu de place en intro.

Enfin, une introduction ne juxtapose pas les définitions, elle les met en lien. Les définitions doivent dialoguer entre elles. Il s’agit de préparer l’exposé d’un problème. Or ce problème naît du rapport entre les mots du sujet. Il est normal de renvoyer d’un terme à l’autre. Ainsi la définition en intro se concentre souvent sur un point de liaison entre les termes du sujet.

Exemple

Exemple de début d’introduction avec définition des termes. Longueur sur papier : 8 lignes.

Sujet : « L’interprétation est-elle sans fin ? »

Recourir à un interprète, c’est viser un certain but au delà duquel l’interprète pourra être congédié. De même, interpréter ne se fait jamais sans viser une quelconque fin. Finalité qui une fois atteinte marquera la fin, l’arrêt, de l’interprétation.

À ce titre la fin, au double sens d’arrêt et de but, paraît structurer la démarche interprétative. C’est elle qui motive l’acte d’interpréter, et qui l’arrête une fois le but atteint.

On voit ici qu’il y a plusieurs sens au mot « fin ». Ils sont tous les deux signalés, alors que la définition d’interpréter est absente. Elle est reportée en début de première partie, où on lit :

L’interprétation renvoie à l’extraction ou à la donation de sens à une chose (texte, événement, phénomène). L’interprétation se présente ainsi comme une médiation qui vise à faire comprendre. Elle dispose en cela d’une finalité, la compréhension, qui une fois atteinte justifie l’arrêt de l’interprétation.

Les deux définitions se renvoient l’une à l’autre. L’interprétation est présentée en rapport avec la fin (finalité et arrêt). Et la fin est immédiatement pensée par rapport à l’interprétation. Ces quelques lignes sont un exemple de ce à quoi peut ressembler les définitions en intro.

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Image [cc-by brett jordan, remixé par dicophilo]

4 comments / Add your comment below

  1. Bonsoir 🙂 j’apprécie beaucoup le site et j’en ai bien besoin d’ailleurs…
    Petite faute repérée dans la partie Exemple entre les deux rectangles gris : « elle est reporté » il manque le 2eme E du féminin sur reporté.

    Bonne continuation !

    1. Merci beaucoup d’avoir signalé ! C’est corrigé.

      Le site a cruellement manqué de relecteurs à sa sortie, d’où ce genre d’erreur :/

    1. Si tu donnes des exemples, je corrige.

      Le site n’a littéralement aucun relecteurs.

      Ça n’aide pas à détecter les erreurs quand il y en a.

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