Texte VS dissertation : c’est la même méthode !

L’explication de texte de philo s’appuie sur la même méthode que la dissertation. L’analyse n’est pas plus facile. En exagérant à peine, on pourrait dire que dissertation et commentaire sont les deux faces d’un seul et unique exercice. Explications.

(photo par Annie Spratt via Unsplash)

Attention : certains profs distinguent nettement « explication », « analyse » et « commentaire ». Dans cet article, ce n’est pas le cas : on les considère tous comme équivalents.

En devoir de philo, on vous demande de trouver un problème intellectuel et d’écrire un texte argumenté. À ce niveau, il n’y a pas de différence entre analyse et dissert : le résultat final est similaire. Dans les deux cas, vous produisez un texte :

  • structuré (il a plusieurs parties)
  • argumenté (il défend des idées et explique pourquoi)
  • lié à une problématique (une difficulté philosophique)

Pour celui qui donne le devoir, l’objectif est toujours le même : évaluer vos compétences. Quel que soit l’exercice, il teste deux de vos compétences (entre autres). Savez-vous :

  • reconnaître un paradoxe, une difficulté intellectuelle ?
  • construire une argumentation solide ?

Il y a une unité de la méthode. Vous retrouverez des obstacles et mécanismes identiques dans les deux types de devoirs. À chaque fois, vous devrez affronter une problématique et poser des arguments.

La problématique, toujours elle !

La problématique est un élément central en dissertation et en commentaire. Mais il n’y a pas des « problématiques de dissert » et des « problématique de commentaire ». C’est la même problématique dans les deux cas, qui fonctionne pareil.

Derrière l’extrait à étudier, il y a un penseur qui affronte une problématique. Ce qu’on vous donne à travailler, c’est sa réponse, sa solution au problème. Comme en dissertation, c’est à vous de trouver quel est la problématique exacte.

Votre matériau de départ change, mais la démarche est identique. Vous partez du sujet et vous trouvez un problème. Bien sûr il y a des différences : elles sont simplement moins importantes que les points communs.

La problématique est toujours au cœur du devoir. Soit parce que vous devez y répondre (c’est la dissertation), soit parce qu’elle sert de fil de directeur à l’extrait. C’est elle qui motive et préoccupe l’auteur. Sans elle, il n’a pas de raison d’écrire.

Une spécificité de l’explication de texte

Une différence mérite toutefois d’être notée : en commentaire, la problématique est plus précise. En dissertation, on peut rencontrer des problèmes très larges (ex: définir l’art, le bonheur). Mais aucun philosophe ne va résoudre ça en 20 lignes : une question si vaste lui prendra un livre entier, voire plusieurs.

La problématique d’un extrait porte sur un point précis : critiquer une vision particulière de de l’art, par exemple, ou un argument en faveur de cette vision. Il s’agit de problèmes qu’on peut résoudre en quelques lignes. C’est bien un paradoxe comme en dissertation : son champ est juste plus limité.

Argumenter, encore !

En étude de texte, on argumente. On ne se contente jamais de dire « l’auteur dit ceci (de cette façon) » ou « l’auteur pense cela (pour telle raison) ». On doit prouver ce qu’on avance. On doit donner des raisons valables d’adhérer à l’explication qu’on propose. L’analyse est tout aussi argumentative que la dissertation. Ce qui change, c’est ce qu’on défend et comment.

Pendant une dissert, on défend des idées autour d’un grand problème philosophique. Ces idées, on les a eu soi-même ou bien on les a emprunté à un auteur. Vos arguments peuvent s’appuyer sur beaucoup de choses : votre expérience, vos connaissances, vos lectures, etc.

Pendant un commentaire, on défend son interprétation du texte fourni. On montre que ce qu’on comprend de l’extrait, c’est bien que ce qu’a voulu dire l’auteur. Vos affirmations doivent se fonder sur la structure et les mots exacts du texte. Vos connaissances extérieures peuvent être utiles, mais seulement dans un second temps.

En un sens, la dissertation est moins complexe. Elle demande d’écrire un texte argumenté pour répondre à un problème. Le commentaire, lui, demande d’écrire un texte argumenté pour défendre notre interprétation d’un autre texte argumenté, qui tente de répondre à un problème.

Des exercices complémentaires

Mais pourquoi avoir deux exercices, s’ils se ressemblent tellement ? On pourrait mieux s’entraîner s’il n’y en avait qu’un, non ? Réponse : pour vous faire voir les choses de deux points de vue différents.

On vous fait manipuler les mêmes mécanismes (problématique, arguments) dans deux contexte distincts. Avec l’explication, on vous demande de lire et comprendre la pensée de quelqu’un d’autre. Avec la dissert, on vous met dans la peau d’un auteur de philo.

On peut illustrer ça par 2 scénarios :

Scénario « dissertation » :

Imaginez qu’au lieu de travailler sur un sujet scolaire, vous vous posez une question un peu philosophique. Vous vous demandez « Qui suis-je ? », « Est-ce que c’est bien ou mal de faire ci ou ça ? », « C’est quoi le bonheur ? ». Vous voulez une réponse et vous y réfléchissez dans votre coin.

Vous finissez par vous faire une idée, mais vous voudriez l’avis de quelqu’un d’autre. Pour ça, vous écrivez un petit texte qui explique ce que vous pensez et pourquoi. Vous pourrez ensuite le donner à lire à d’autres gens.

En faisant ça, vous faites exactement ce que fait un auteur de philo. L’une des ambitions de la dissert, c’est de vous mettre dans cette position, même si vous n’avez jamais voulu réfléchir tout seul ou écrire un texte.

Scénario « texte » :

Maintenant imaginez que vous êtes en devoir de philo. Mais au lieu de vous donner un texte de philosophe, on vous donne une dissertation faite par autre élève. Pour compliquer les choses, on ne vous dit pas quel sujet il étudiait et on enlève son intro et sa conclusion.

On vous demande de trouver la problématique de la copie et d’expliquer comment l’élève y répond. Pour ça, vous allez vous appuyer sur le texte. Vous allez tenter de comprendre ce que dit l’élève en scrutant ses arguments, ses exemples. Tout ça pour vous faire une idée de « où il veut aller et pourquoi ».

C’est qu’on attend de vous en explication. Reste qu’on préfère vous faire partir d’un extrait de réflexion sérieuse, plutôt que d’un écrit scolaire et un peu artificiel comme la dissertation.

Au fond, dissert et analyse de texte sont les deux faces d’une seule pièce. D’un coté, on produit un texte argumenté qui répond à un problème. De l’autre, on étudie un texte argumenté écrit par quelqu’un d’autre. Au centre des deux, il y a des problèmes philosophiques et des arguments.

L’un n’est pas « plus facile que l’autre ». Ceux qui croient que l’explication est toujours plus simple ne voient pas les points communs structurels et profonds entre les exercices.

Oui, il y a bien une méthode en philo !

« En philo, y’a pas de méthode ». « La note, ça dépend de l’humeur du prof, tu peux jamais savoir ». Qui n’a jamais entendu ce genre de clichés ? Cet article explique pourquoi ils sont complètement faux et pourquoi, si, il y a bien une méthode en philo.

Des feuilles de papier lignées
Photo par Quinn Dombrowski via Flickr (CC-BY-SA 2.0)

Pas facile de prévoir sa note de philo. On ne comprend pas toujours pourquoi on eu 4 plutôt que 7, ou 10 plutôt que 14. Certains en concluent qu’il n’y a pas de méthode et que l’évaluation « dépend du prof ». Il n’y a rien de plus faux.

En réalité, il y a une méthode en philosophie. Une méthode objective, qui est la même chez presque tous les profs, et sur laquelle vous êtes évalués. Parce qu’en philo, connaître la méthode, c’est déjà faire 3/4 du job.

Alors, pourquoi il y a une méthode ?

Raison 1 : les profs ont besoin d’une méthode

La méthode est un outil. C’est un ensemble de règles qui permettent aux profs d’évaluer une copie et d’être globalement d’accord sur sa note. C’est une grille d’évaluation pour noter, comparer à d’autres copies, et discuter d’une note entre collègues.

Ça vaut pour toutes les matières et la philo ne fait pas exception. La méthode, c’est un guide, une procédure à suivre pour arriver à un résultat. Si tu la suis ton résultat est une dissertation ou une explication de texte. Si tu ne la suis pas, ton résultat est une sale note.

La méthode est le truc qui sert à dire « OK, l’élève a bien fait ce qu’on attendait de lui, et je peux vous expliquer pourquoi ». Pour les profs, c’est plus simple d’avoir une méthode que de noter au hasard. Enfin, s’ils veulent pouvoir justifier des notes qu’ils donnent auprès de l’inspecteur.

Raison 2 : pas de méthode = note imprévisible

Si on a eu 4 toute l’année, on n’aura pas 18 au Bac. On ne devient pas un génie de la philo comme ça, juste parce que on est noté par quelqu’un d’autre. Inversement, quand on est bon en philo, on ne se ramasse pas un 2 en fin d’année alors qu’avant on avait 16.

Mais s’il n’y a pas de méthode, ça devrait être possible. Après tout, la note, c’est que de la chance et du hasard ? Hein ? Et si on donne la même copie à deux profs, y’en a un qui peut lui mettre 6 et l’autre 18. Sauf que non. Ça se passe pas comme ça.

La note qu’on obtient a un rapport avec ce qu’on a mis dans sa copie ! Elle n’est pas imprévisible. Un même devoir aura la plupart du temps la même note avec des profs différents (à quelques points près). La correction, c’est variable, pas magique.

Et les désaccords sur la méthode ?

Oui, tous les profs ne sont pas d’accord entre eux sur la méthode. Il y a des points qui font débat, ou des détails qui suscitent des tensions. Par exemple :

Il y a aussi des préférences plus ou moins conscientes. Certains profs valorisent les connaissances, ce qui montre qu’on a travaillé les auteurs. D’autres sont plus orientés argumentation : si les arguments sont bons peu importe qu’il n’y ait presque pas d’auteurs .

Les profs sont humains : il ont des désaccords, des préférences, voire des biais. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de méthode ! C’est même d’autant plus nécessaire !

Aucun prof n’a 100% la même méthode qu’un collègue, avec exactement les mêmes astuces et la même façon de présenter les choses. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de méthode du tout ! Ou que ces méthodes n’ont aucun rapport entre elles.

Alors c’est quoi la méthode ?

Quel que soit le correcteur, le cœur de la méthode reste le même. En dissertation, on doit :

En commentaire de texte, l’essentiel de la méthode revient à :

  • trouver le problème auquel répond l’extrait analysé
  • expliquer comment l’auteur résout ce problème, en étudiant son argumentation
  • mettre en perspective la solution proposée par l’auteur :
    • quel est son intérêt, sa force ?
    • quelles sont ses limites ?
    • comment s’inscrit-elle dans son époque ? dans l’œuvre de l’auteur ?
    • etc.

Ces éléments sont le socle de la méthode. Son aspect partagé, au-delà des différences qui peuvent sembler éloigner les profs.

Texte ou dissert ? Ça ne change rien

Vous croyez que le texte est plus facile que la dissert ? Vous n’avez rien compris. Dissertation et explication de texte sont deux faces d’une seule pièce. En exagérant un peu, on peut dire que c’est le même exercice. Et en plus, il est vraiment philosophique. Explications.

Quand tu crois que le commentaire c'est facile, Dieu tue un chaton. Deux fois.

Une problématique pour les gouverner tous

Dissert et analyse de texte s’appuient sur une « problématique ». En dissertation, on vous répète qu’il faut une problématique. Que sans la problématique, il n’y a pas de devoir. Que vous aurez franchement une sale note si vous n’en trouvez pas. C’est exactement pareil en explication de texte.

La problématique qu’on demande en commentaire n’est pas différente de celle qu’on recherche en dissert. C’est exactement le même genre de problématique. Il n’y a pas une chose comme « problématique pour dissertation » et une autre comme « problématique pour analyse de texte ». Il n’y a qu’un seul type de problématique, pris sous deux angles d’approches différents.

Les exercices de philosophie sont complémentaires et reposent sur des mécanismes communs. Il y a une unité de la méthode. Ce n’est pas un pur hasard qu’on vous fait rédiger à la fois des dissertations et des analyses de texte. La tradition scolaire joue un rôle, mais on peut trouver une explication plus profonde.

Pour cela, il faut d’abord comprendre le point commun entre la dissertation et les textes qu’on vous fait étudier.

Les philosophes écrivent (presque) des dissertations

Celui qui fait une dissertation et l’auteur qui écrit un texte philosophique sont dans la même position. Cela n’a pas l’air intuitif, mais on peut voir les choses comme ça. Quand on vous force à écrire une dissert, on vous met dans la même situation qu’un auteur « philosophique ». Regardons-y de plus près.

Que se passe-t-il en dissertation ?

  • On vous donne un sujet
  • Vous l’analysez
  • Vous trouvez un problème philosophique (la problématique)
  • Vous lui proposez une solution argumentée

Mais comment se présente votre solution ? Et bien, elle prend la forme d’un texte, en particulier d’un texte organisé. Votre copie a une structure. Vos paragraphes également. Les parties de votre dissertation contiennent des arguments, des exemples. Chaque morceau de votre texte joue un rôle particulier : exposer votre idée, la justifier, l’illustrer.

Que fait un auteur « de philo » ?

  • Il trouve un problème philosophique (une problématique!)
  • Il lui propose une solution argumentée.

Certes, personne n’a forcé l’auteur a réfléchir sur un sujet. Mais il est dans la même position qu’un étudiant. Il rencontre un problème et va tenter de le résoudre. Il va le résoudre en produisant… un texte. Un texte organisé. Où chaque partie à un rôle. Dont chaque moment peut être expliqué. Vous voyez où je veux en venir ?

La « logique » derrière la construction d’une dissertation et d’un texte de philo est la même. Bien sûr, la dissertation comporte des règles et des contraintes spécifiques. Mais il y a une parenté entre la rédaction d’une dissertation (aussi scolaire que ce soit) et l’écriture d’un « vrai » texte de philo.

L’analyse de texte comme dissertation inversée

En dissertation, on part d’un problème et on construit une solution. Ce problème nous a été suggéré par le sujet, mais il est aussi bon que n’importe quel autre. C’est un problème qui aurait pu intéresser un auteur. Schématiquement on a donc :

Problème philosophique → production d’un texte argumenté.

En analyse de texte, on fait l’inverse. On part d’un texte argumenté (une solution), et on remonte jusqu’au problème (problématique). Le schéma est alors :

Texte argumenté → extraction d’un problème philosophique

Si vous ne savez pas reconnaître un problème philosophique, vous êtes mal. C’est exactement ça que vous devez trouver. En dissert, on vous demande de le trouver à partir d’un sujet (quelques mots). En explication, vous devez le trouver à partir du texte d’un auteur. Dans les deux cas, vous manipulez des problématiques.

En dissertation, on vous propose de trouver et résoudre un problème. Vous êtes dans la position de quelqu’un qui rencontre une difficulté intellectuelle et doit la résoudre. Vous allez : (a) préciser le problème que vous avez identifié ; et (b) écrire une réponse argumentée.

En explication, on vous propose la résolution d’un problème sans vous dire lequel. L’auteur rencontre un problème et lui donne une solution. Mais il ne dit pas forcément « Eh, voilà le problème que je me pose ». Souvent, le problème n’est pas explicite. C’est en lisant attentivement le texte qu’on comprend sa problématique.

Mais alors qu’en dissert les problématiques sont souvent très générales, celles de commentaire sont beaucoup plus précises. Une problématique « générale », un philosophe va probablement y répondre en tout un livre. Une problématique très spécifique, limitée et précise, là peut être que 15 lignes suffiront.

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