Matière

Matière (nom commun)
Ce en quoi est fait un objet physique, substance déterminée dont est constitué un objet.
Ce en quoi sont fait tous les objets physiques, substance commune à tous ces objets.
Objet d'une activité, intellectuelle ou pratique.
Exemple(s) (1) Le bois et l’acier sont deux matières différentes; (2) Bois, acier, plastique : tout ça est constitué de matière ; mais l’âme, elle n’est pas matérielle. (3) On enseigne à l’école différentes matières.
Remarque

Les définitions (1) et (2) sont circulaires. La matière est le constituant des objets physiques… mais les objets physiques sont ceux constitués… de matière. Pourquoi maintenir cette circularité ? D’abord, l’ajout de « physique » permet de caractériser ces objets : ce ne sont pas tous les objets du monde, mais bien un certain type seulement. Ensuite, pour maintenir une définition courte et neutre (voir la dernière section de l’article).

Sens 1 : Ce en quoi est faite une chose

Au sens (1), la matière est ce en quoi est faite une chose physique. On donne souvent comme exemple le bois. Le bois serait une matière, un matériau dont sont faites certaines choses. On oppose alors la matière à forme. Deux objets peuvent être faits du même plastique, mais avoir des formes différentes. Ils ont la même matière, mais pas la même forme.

Une matière est cependant une substance déterminée, très précise.  Un objet n’est pas fait de « plastique » : il est fait d’un certain type de plastique. Un meuble est fait d’un certain type de bois : le chêne, le sapin, le hêtre. Appeler « matière » des éléments génériques (le bois, le plastique) est imprécis.

La matière est un principe d’explication du réel. Identifier la matière d’une chose, c’est répondre à la question : « En quoi cette chose est-elle faite ? ». On ne répond pas à la question « Qu’est ce que c’est ? » (qui demande l’essence). On répond à « En quoi est-ce constitué ? ».

Sens 2 : Ce en quoi sont faites toutes les choses

Au sens (2), la matière une catégorie générale. On pense tous les objets physiques comme ayant une substance commune, qui serait la matière. Le bois, l’acier, le plastique seraient « profondément » la même chose. Au-delà des différences, ils seraient formés d’une même réalité : la matière. Toute matière au sens (1) serait en fait une configuration spéciale de la matière au sens (2).

La matière est donc un élément abstrait. On n’accède jamais à la matière (2) en elle-même. On est toujours en contact avec des matières données, des matériaux déterminés (matière au sens 1). C’est par abstraction à partir des matières (1) qu’on pense la matière (2). On pense une continuité, une unité, derrière les diverses apparences et les différentes matières (1).

La tradition caractérise la matière (2) comme quelque chose qui :

  • occupe une portion de l’espace (= « est étendue »)
  • possède une masse
  • est solide
  • est impénétrable

La matière occupe de l’espace : elle possède une forme, une taille, un volume donné. Elle peut changer de position : une portion matière peut être déplacée d’un endroit à un autre. La matière est pensée comme un substrat inerte et passif. On la distingue :

  • de l’espace dans lequel elle se trouve
  • de l’énergie qui la met en mouvement

Dernier point, on dit traditionnellement que la matière est perceptible. Contrairement à l’esprit, la matière est l’objet de l’expérience sensible. Le fait que toute matière ne soit pas perceptible « à l’œil nu » n’est pas un problème. La matière doit être perceptible, elle n’est pas forcément perçue. Elle doit juste pouvoir être observée si l’on dispose de l’outillage technique nécessaire.

Peut-on diviser la matière à l’infini ?

La matière peut être divisée : on peut la décomposer en parties de matières plus petites. Un morceau de pain peut être coupé en deux. Une cellule peut être décomposée en plus petits éléments. Mais jusqu’où la division est-elle possible ? Y-a-t-il un constituant ultime qu’on ne pourrait pas diviser en éléments plus petits ? Un débat existe concernant la divisibilité de la matière.

Selon les atomistes, la matière n’est divisible que jusqu’à un certain point. Il existe des composants ultimes de la matières. Ces derniers ne peuvent pas être divisés : ils sont insécables. On les nomme « atomes », du grec atomos (non coupé, insécable), mais ce ne sont pas les atomes dont parle la physique contemporaine.

Aux yeux des atomistes, la division de la matière doit être finie. Si l’on pouvait diviser à l’infini la matière, celle-ci deviendrait impensable, incompréhensible. La difficulté à identifier d’authentiques atomes n’arrête pas les atomistes. Ce n’est pas parce que l’on parvient toujours diviser la matière que la division ne rencontrera pas un jour un obstacle définitif. Une limite en droit, et pas en fait.

Aujourd’hui, c’est la thèse adverse qui s’est imposée. On considère que la matière est divisible à l’infini. Il n’y a pas d’atomes. Le plus petit composant de la matière que nous connaissons sera un jour divisé. Et celui après lui le sera également. La matière se divise sans fin. Depuis Kant, on considère que la volonté d’arrêter la division est issue d’une tendance rationnelle illégitime. L’esprit souhaite systématiser, clore les choses, même quand il ne le faut pas.

Une conception scientifique de la matière

La pensée de la matière doit beaucoup à Aristote et Newton. Telle que présentée plus haut, la matière n’est pas une notion anodine. Elle s’insère dans une logique de fondation. On veut penser un élément constant, quelque chose qui ne change pas, et qui permette de comprendre et penser le changement. La matière est donc postulée « derrière » les choses, pour expliquer leurs transformations. Mais la science conteste aujourd’hui cette optique.

La science moderne veut rapporter la matière à l’expérience. Elle abandonne les postulats métaphysiques et la logique issue d’Aristote. Pour elle, la matière est une quantité mesurable. Newton va penser la matière comme des points matériels placés dans un espace géométrique. Un élément de matière a une masse et il peut être déplacé par des forces au sein de l’espace. On s’éloigne d’Aristote, mais la matière reste « inerte ». Elle est séparée de l’espace (qui l’entoure) et de l’énergie (qui la déplace).

La science des 19e et 20e siècle va remettre en cause cette séparation. Faraday découvre qu’il n’y a pas de différence entre la chose et l’espace. Les choses ne sont pas comme des pions sur un jeu d’échec. Les choses ne sont pas « ce qui agit », qui bouge, au sein d’un espace neutre. L’espace  n’est pas un « contenant » dont les choses serait le contenu. Il ne faut pas rapporter la force à une chose distincte de l’espace. L’espace lui-même est constitué de forces.

Par ailleurs, Einstein montre que l’on peut convertir la masse de la matière en énergie. La matière n’est pas quelque chose qui « a une masse » et qui « peut se déplacer ». Il n’y a pas de différence entre la masse et l’énergie. La matière est une concentration d’énergie. L’idée d’une matière séparée de l’énergie et de l’espace vole en éclats. Pensée dans un but de fondation, la conception classique de la matière est pour ainsi dire foudroyée.

Bibliographie

  • Matière, Dictionnaire de philosophie, Noëlla Baraquin, Armand-Colin, 2007
  • Matière, Dictionnaire de philosophie, Christian Godin, Fayard, 2004
  • Matière, Dictionnaire des concepts philosophiques, Michel Blay, Larousse-CNRS, 2007
  • Matière, Lexique de philosophie, Olivier Dekens, Ellipses, 2002
  • Matière, Nouveau vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Louis-Marie Morfaux, Jean Lefranc, Armand-Colin, 2005
  • Matière, Philosophie de A à Z, Collectif, Hatier, 2000

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