Comment faire une sous-partie ?

En dissertation de philosophie, chaque grande partie se compose de plusieurs sous-parties. Cet article explique comment construire une sous-partie claire et efficace, qui fait progresser la copie vers la résolution de la problématique.

Des feuilles de papier lignées
Photo par Quinn Dombrowski via Flickr (CC-BY-SA 2.0)

Une sous-partie de dissertation a toujours la même structure. Elle se compose d’une idée et d’une raison d’accepter cette idée. On commence par affirmer quelque chose, puis on explique pourquoi cette affirmation est solide : on donne un argument.

En pratique, ces deux moments sont parfois difficiles à séparer. Il arrive qu’on donne l’argument avant l’idée, ou bien que l’argument s’approche plus d’un exemple que d’un raisonnement logique. Ce n’est pas grave, du moment qu’on puisse bien voir « ce que vous dîtes » et « pourquoi vous dîtes ça ».

Étape 1 : affirmer quelque chose

Une sous-partie défend toujours une idée. Vous ne pouvez pas rester hésitant : vous devez prendre position, soutenir clairement quelque chose. Parfois, ça veut dire affirmer des choses avec lesquelles vous n’êtes pas 100% d’accord (ou même pas d’accord du tout).

Vous allez utiliser une idée simple, qui n’a pas besoin d’être originale et qui peut avoir des défauts. L’important est que l’idée fasse avancer vers la résolution du problème posé en introduction. Dans une sous-partie, vous utiliserez une idée :

Simple. Vous devriez pouvoir l’expliquer en une phrase courte, sans connecteur logique (et, ou, car, donc, etc.) et prononçable à l’oral en moins de 10 secondes. Si vous n’y arrivez pas, votre idée est probablement complexe : elle contient des sous-idées.

Courante, sans grande originalité. Les idées très originales sont difficiles à comprendre et à expliquer. En dissertation, n’allez pas chercher pas trop loin. C’est souvent suffisant, surtout en début de devoir.

Dont vous voyez au moins un défaut, une limite. Votre objectif est de construire une argumentation qui progresse. Choisir des idées auxquelles vous ne trouvez aucun défaut risque de vous bloquer. Sauf en fin de copie, préférez des idées dont vous avez repéré les failles. Vous trouverez plus facilement des contre-arguments.

Plausible, vraisemblable. Bannissez les idées bidons, que personne ne croit sérieusement parce qu’elles sont caricaturales ou visiblement fausses. Votre idée devrait susciter l’adhésion sans trop d’effort et ne pas déclencher un rejet immédiat de la plupart des gens.

Qui permet d’approfondir le sens des mots du sujet. En dissert, vous n’arrêtez jamais de définir. Chaque sous-partie est l’occasion de préciser, d’enrichir, voire de corriger la définition des termes posée en introduction. C’est en étudiant le sens des mots que vous trouverez une réponse à la problématique.

On verra des exemples d’idées de ce genre plus loin dans l’article.

Étape 2 : justifier son affirmation

Vous avez affirmé une idée, c’est bien. Mais pourquoi est-ce qu’on devrait être d’accord avec elle ? Qu’est-ce qui pourrait convaincre quelqu’un d’autre que cette idée est vraie, ou au moins plausible ? Vous devez donner une raison d’accepter votre affirmation.

Il existe de multiples façons d’argumenter qu’on ne détaillera pas ici. Pour vous aider, vous pouvez consulter cette liste rapide des types d’arguments ou cette liste plus détaillée. L’essentiel est de bien comprendre votre objectif.

Dans une sous-partie, vous ne cherchez pas :

  • à prouver que votre idée est vraie et irréfutable
  • à convaincre quelqu’un qui est complètement opposé à cette idée
  • à détailler en profondeur pourquoi votre idée est juste

Vous cherchez à montrer que votre idée est minimalement solide. Il n’y a pas « zéro raison d’y croire ». Au contraire votre idée « se tient », elle « n’est pas absurde ». Elle constitue un point de vue raisonnable, avec lequel on peut être d’accord.

Comme votre idée, votre argument devrait être assez simple et facile à comprendre. Évoquer un fait scientifique reconnu peut être une façon de justifier votre idée. Utiliser une analogie peut aussi fonctionner. Il n’y a pas de méthode unique sur ce point.

Essayez toujours d’utiliser un argument « fort », qui pourrait être jugé valable quelque soit l’avis de départ de la personne en face. Un bon argument doit convaincre le plus grand nombre, pas seulement ceux qui sont déjà d’accord avec l’idée défendue.

Il est aussi important de lier la sous-partie à ce qui précède ou à ce qui va suivre. Ce sera abordé avec l’exemple n°2.

Exemple n°1 : débuter sa copie

Prenons le sujet, « La technique transforme-t-elle l’existence humaine ? ». La première sous-partie du développement pourrait être :

La technique est un moyen de transformer la nature. Elle change les conditions de vie de l’homme et le fait rompre avec son état naturel. Elle transforme donc toujours l’existence humaine.

Au début de la seconde partie du Discours sur l’origine de l’inégalité, Jean-Jacques Rousseau montre que c’est la technique, aussi simple qu’elle soit, qui distingue l’homme naturel isolé et l’homme qui fabrique des outils et vit en société.

Le premier paragraphe expose une idée simple, peu originale et facile à comprendre. Il tire une conclusion de cette idée qui répond au sujet : « Oui, la technique transforme l’existence humaine ».

Le second paragraphe invoque un auteur qui va dans ce sens. Selon Rousseau, la technique provoque un changement profond dans l’existence humaine. On passe de la vie isolée à la vie en société.

Cette justification est assez faible : elle s’appuie sur l’autorité de l’auteur. Mais notre idée est de toute façon assez plausible. Mentionner Rousseau montre que nous ne sommes pas seuls à penser ainsi… Et permet d’approfondir un peu notre propos.

Exemple n°2 : passer d’une idée à une autre

Une sous-partie n’est jamais autonome : elle s’appuie sur ce qui a été dit avant et prépare ce qu’on va dire ensuite. On ne pose pas ses idées les unes après les autres sans aucun lien. Au contraire, on élabore une réflexion unie, qui s’expose en plusieurs parties connectées entre elles.

Chaque sous-partie est comme une pièce d’un jeu de construction (façon Kapla). Si l’on pose les pièces les unes à coté des autres sans qu’elles se touchent, on ne construit rien. Quand on ajoute une pièce, elle doit faire monter l’édifice et pouvoir servir à ajouter d’autres pièces par-dessus.

Une 2e sous-partie pourrait donc venir juste après la 1re :

Pourtant, les changements produits par la technique paraissent superficiels. De l’homme naturel à nos jours, certaines choses de changent pas : la peur de la mort ou l’importance du désir par exemple.

Si la Lettre d’Épicure à Ménécée nous parle encore 2000 ans plus tard, c’est parce qu’elle renvoie à des aspects stables de notre existence. La technique a changé depuis, mais pas l’existence humaine.

Cette sous-partie ne rejette pas ce qui a été dit juste avant. Oui, la technique change les conditions de vie de l’homme. Oui, elle peut le faire de façon importante. Mais, non, ce n’est pas une transformation profonde. L’existence humaine reste la même.

Il ne s’agit pas de changer d’avis en passant de « oui » à « non » entre deux sous-parties. Il s’agit d’envisager différents points de vue qui ne sont pas forcément incompatibles. Notre point de vue final sera plus riche et plus nuancé, car nous aurons pris en compte de nouveaux éléments.

Erreurs à éviter

Rejeter complètement ce qui a été dit dans une sous-partie précédente. Chaque sous-partie doit avoir « quelque chose de vrai » qui mérite d’être gardé et qui ne sera pas abandonné plus tard dans le devoir. Si on finit par rejeter complètement une idée, ça ne valait pas la peine d’en parler au départ.

Vouloir croire ce que vous dites. Dans une dissertation, on défend le point de vue pour lequel on a trouvé le plus d’arguments. Dès fois, c’est pas celui avec lequel on est personnellement d’accord. Peu importe. L’objectif, c’est d’avoir la meilleure argumentation, pour avoir une bonne note.